Hydrogène vert : comment est-il produit et pourquoi l’Espagne en fait-elle un pari national ?

Le soleil tape fort sur l’Andalousie, le vent pousse les pales des éoliennes et, sous les hangars industriels, une autre transformation se prépare : l’eau devient hydrogène. Pour l’Espagne, cette molécule pourrait convertir un avantage naturel en puissance industrielle — à condition de produire assez d’électricité propre et de trouver des clients prêts à l’utiliser.

Hydrogène vert : comment l’électrolyse de l’eau le produit

L’hydrogène n’est pas une source d’énergie que l’on puise dans le sol comme le pétrole : c’est un vecteur énergétique. Pour le fabriquer, il faut dépenser de l’énergie. Aujourd’hui, une grande partie de l’hydrogène industriel est produite à partir de gaz naturel, avec des émissions de CO₂. On parle alors d’hydrogène gris.

La voie renouvelable repose sur l’électrolyse de l’eau. Un électrolyseur utilise un courant électrique pour séparer l’eau en hydrogène et en oxygène. Lorsque cette électricité provient de sources renouvelables — comme l’énergie solaire ou l’énergie éolienne — l’hydrogène produit peut être qualifié de vert, sous réserve que son approvisionnement respecte les critères applicables.

Le procédé demande beaucoup d’électricité, qui représente une part majeure du coût de production. C’est pourquoi les régions disposant d’un soleil généreux, de vents réguliers et de terrains adaptés peuvent attirer les investissements. Pour comprendre le rôle central du courant dans cette chaîne, voici un éclairage sur l’électricité au cœur des énergies renouvelables.

Pourquoi l’Espagne mise sur l’hydrogène renouvelable

Pendant des décennies, l’Espagne a dû importer une grande partie des combustibles fossiles qu’elle consomme. Son ensoleillement, ses ressources éoliennes et l’espace disponible pour développer des parcs renouvelables changent la donne : produire localement une énergie propre pourrait réduire cette dépendance et soutenir une nouvelle filière industrielle.

À Palos de la Frontera, dans la province de Huelva, Moeve a lancé la construction d’Onuba, première phase du Valle Andaluz del Hidrógeno Verde. Le projet doit démarrer avec 300 mégawatts de capacité d’électrolyse, extensibles de 105 MW, et l’entreprise vise environ 45 000 tonnes d’hydrogène renouvelable par an. Le site jouxte des activités industrielles et un port : une proximité précieuse pour acheminer la production vers de futurs utilisateurs.

L’ambition annoncée pour l’ensemble du projet andalou atteint 2 gigawatts, avec des installations à Huelva et à Cadix. À l’échelle du pays, la stratégie nationale fixe un objectif de 12 GW d’électrolyseurs d’ici 2030. Les annonces publiques font aussi état de plus de 3 milliards d’euros de soutien à plus de 120 projets, tandis qu’Onuba a bénéficié de plus de 300 millions d’euros d’aides publiques.

Le pari ne se limite pas aux cuves et aux électrolyseurs. Le gouvernement souhaite développer en Espagne les équipements nécessaires — vannes, compresseurs, systèmes de contrôle — ainsi que le stockage et le transport. Le projet s’inscrit dans une dynamique européenne plus large, décrite dans ce point sur l’hydrogène renouvelable en Europe.

Énergies renouvelables : remplacer les fossiles sans gaspiller l’électricité

Le solaire photovoltaïque transforme la lumière en électricité, tandis que les panneaux solaires thermiques fournissent de la chaleur. L’éolien capte l’énergie du vent ; l’hydraulique exploite le mouvement de l’eau, et la géothermie puise la chaleur du sous-sol. La biomasse peut aussi fournir chaleur, électricité ou combustibles, à condition que son origine et son exploitation soient durables.

Ces filières peuvent remplacer une partie du charbon, du pétrole et du gaz dans la production électrique, le chauffage ou les transports. Mais l’hydrogène ne doit pas devenir un détour systématique : quand une batterie, un réseau électrique ou une pompe à chaleur répond directement au besoin, cette solution utilise généralement l’énergie plus efficacement. Transformer l’électricité en hydrogène, puis reconvertir celui-ci en électricité, entraîne des pertes à chaque étape.

L’hydrogène trouve donc surtout sa place là où l’électrification directe est difficile : certains procédés de l’industrie lourde, la chimie, la fabrication d’ammoniac et des usages de transport maritime ou aérien. Il peut également servir à produire des carburants synthétiques. La bonne énergie est celle qui répond au besoin avec le moins de pertes — et parfois, la réponse est simplement de consommer moins.

Pour un foyer ou une entreprise, l’autonomie énergétique passe plutôt par l’isolation, une gestion plus fine des usages, des équipements efficaces et, lorsque c’est adapté, des panneaux solaires associés à du stockage. Ces choix limitent la demande avant même de chercher à produire davantage. L’essor des filières renouvelables dépend justement de cette complémentarité entre production locale et maîtrise de la consommation.

Décarbonation, coûts et sécurité : les défis du pari espagnol

L’hydrogène vert peut réduire les émissions de secteurs encore dépendants des combustibles fossiles, mais son prix reste un enjeu. Il dépend notamment du coût de l’électricité, du gaz, des électrolyseurs et de leur durée d’utilisation. Les grandes installations pourraient faire baisser les coûts avec l’expérience industrielle, comme cela s’est produit dans les filières solaire et éolienne, mais cette baisse n’est pas automatique.

Un cercle délicat se dessine : les producteurs ont besoin d’acheteurs pour financer les usines, tandis que les industriels hésitent à convertir leurs procédés sans visibilité sur le prix et l’approvisionnement. Les aides publiques peuvent amorcer les projets, mais leur réussite dépendra de contrats durables et d’une demande réelle. Pour suivre les partenariats industriels qui structurent ce marché, voici un aperçu des initiatives autour de l’hydrogène et des grands acteurs européens.

La sécurité exige aussi une conception rigoureuse. L’hydrogène est hautement inflammable et ses petites molécules imposent une attention particulière à l’étanchéité des raccords, des conduites et des équipements. Les installations doivent combiner prévention, ventilation, dispositifs de coupure et détection automatique ; dans ce domaine, mieux vaut empêcher une fuite que compter uniquement sur une alarme après coup.

Enfin, l’Espagne ne pourra exporter de grandes quantités sans infrastructures adaptées. Le corridor H2Med, conçu pour relier la péninsule Ibérique à la France puis aux bassins industriels européens, fait partie des projets envisagés, mais il reste à construire à l’échelle nécessaire. Le passage d’importateur de combustibles à fournisseur d’énergie propre dépendra donc autant des réseaux et des clients que du soleil andalou.

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