TotalEnergies prévoit que la demande mondiale de pétrole atteindra son pic entre 2035 et 2040, avant de décroître lentement. Cette prévision ne signifie ni la fin prochaine de la production pétrolière ni la disparition des énergies fossiles : elle décrit un basculement graduel, façonné par les voitures électriques, les biocarburants et l’essor des énergies renouvelables.
Dans son rapport annuel publié le 2 novembre 2026, le groupe esquisse plusieurs futurs possibles jusqu’en 2060. Un atelier fictif comme celui de Malik, qui hésite entre installer des panneaux solaires ou remplacer son utilitaire, résume bien le défi : la transition se joue dans les grandes stratégies, mais aussi dans les choix très concrets du quotidien.
Pic pétrolier : ce que prévoit TotalEnergies d’ici 2040
Selon les prévisions énergétiques de TotalEnergies, la consommation mondiale de produits pétroliers pourrait se stabiliser au cours des années 2030, puis entamer un recul progressif. Le groupe situe le pic pétrolier entre 2035 et 2040, avec une baisse susceptible de s’accélérer si les ventes de véhicules électriques poursuivent leur progression observée depuis le deuxième trimestre 2026.
Le choc provoqué cette année par la crise du détroit d’Ormuz a donné un coup d’accélérateur à cette évolution. En Asie, en Amérique latine et en Europe, l’intérêt pour les voitures électriques s’est renforcé, tandis que plusieurs pays ont relevé leurs exigences d’incorporation de biocarburants. Les crises énergétiques rappellent ainsi combien les prix et l’approvisionnement peuvent orienter les choix des ménages et des entreprises, comme l’explore cette analyse sur les liens entre énergie et crises économiques.
Un pic de demande ne veut toutefois pas dire que les réserves pétrolières s’épuisent à cette date. Il s’agit du moment où la consommation mondiale atteint son niveau maximal, pas d’un arrêt des forages : la production pétrolière continuera de répondre aux besoins des secteurs difficiles à électrifier, notamment l’aviation, la navigation et une partie de l’industrie.

Énergies renouvelables : remplacer les fossiles sans fragiliser le réseau
Solaire, éolien, hydraulique et géothermie produisent une énergie locale qui peut remplacer une part du charbon, du pétrole et du gaz dans la production électrique. Le solaire photovoltaïque transforme directement la lumière en courant ; les éoliennes convertissent le vent en électricité ; les barrages, eux, peuvent aussi moduler leur production pour épauler le réseau quand le soleil baisse ou que le vent faiblit.
La substitution va au-delà des centrales. Une pompe à chaleur utilise l’électricité pour déplacer la chaleur plutôt que de brûler du gaz, tandis qu’un véhicule électrique remplace le moteur thermique par une batterie et un moteur électrique. Pour les usages moins faciles à convertir, les biocarburants, l’hydrogène bas carbone et les carburants de synthèse peuvent compléter le tableau, à condition de tenir compte de leurs coûts, de leurs matières premières et de l’énergie nécessaire à leur fabrication. Les solutions énergétiques adaptées à chaque usage ne reposent donc pas sur une technologie unique.
Les investissements illustrent l’ampleur du mouvement : ceux consacrés aux énergies bas carbone, électrification comprise, sont passés d’environ 1 200 milliards de dollars en 2015 à 2 100 milliards en 2025. La Chine concentre une grande part des nouvelles installations solaires et éoliennes ainsi que des ventes de voitures électriques. En 2025, selon le rapport, la hausse de la demande mondiale d’électricité a été couverte par des sources bas carbone ; l’Agence internationale de l’énergie indique également que la production renouvelable et nucléaire supplémentaire a dépassé l’augmentation de la consommation électrique mondiale.
Mais la production verte ne suffit pas à garantir une alimentation continue. Réseaux renforcés, batteries, stockage hydraulique, interconnexions entre régions et pilotage intelligent de la demande sont indispensables pour équilibrer le système. Le charbon représente encore 34 % de la production électrique mondiale : électrifier les usages sans décarboner le courant peut donc déplacer les émissions plutôt que les supprimer.
Produire sur place et consommer moins d’électricité du réseau
Les renouvelables ne réduisent pas mécaniquement la dépendance à l’électricité : elles en produisent. En revanche, une installation solaire couplée à une batterie peut permettre à une maison ou à un petit atelier de couvrir une partie de ses besoins sur place et de moins dépendre du réseau aux heures de pointe. Malik, par exemple, pourrait programmer la recharge de son utilitaire au milieu de la journée, quand ses panneaux produisent le plus.
La sobriété reste l’autre moitié de l’équation. Une isolation efficace, des appareils bien dimensionnés, l’effacement temporaire de certains usages et une pompe à chaleur correctement réglée réduisent la quantité d’énergie nécessaire. Le stockage n’est pas une réserve magique — une batterie a un coût et une durée de vie —, mais associé à une meilleure maîtrise de la consommation, il transforme une production intermittente en véritable marge d’autonomie.

Trois scénarios énergétiques, de la continuité à la rupture
Le scénario « Trends » de TotalEnergies prolonge les politiques actuelles. Les technologies bas carbone progressent, mais les limites des réseaux, les tensions géopolitiques et le coût des investissements freinent leur déploiement ; la demande de pétrole se stabiliserait durant les années 2030 avant de diminuer lentement, tandis que celle de gaz continuerait de croître avant de plafonner dans les années 2040. Le réchauffement associé à cette trajectoire est estimé entre 2,6 et 2,8 °C d’ici à 2100.
« Momentum » imagine des politiques climatiques plus volontaristes : électrification accrue, recul marqué du charbon et essor de solutions comme l’hydrogène décarboné dans l’industrie ou les carburants durables pour l’aviation et le transport maritime. Les combustibles fossiles couvriraient néanmoins encore une part de la croissance énergétique en Inde et dans d’autres régions, faute d’investissements bas carbone suffisants ; la hausse des températures se situerait entre 2,3 et 2,4 °C.
Le scénario « Rupture » part d’un objectif de limitation du réchauffement à moins de 2 °C. Il suppose une coopération internationale bien plus forte, une baisse rapide du charbon et une production électrique bas carbone en nette hausse. TotalEnergies le juge difficilement accessible dans le contexte géopolitique actuel : même cette trajectoire ne permettrait pas de respecter la cible de 1,5 °C. La différence entre les scénarios tient donc autant aux décisions politiques qu’aux technologies disponibles.
Sécurité énergétique : le coût des importations face aux ressources locales
La crise d’Ormuz, après celle déclenchée par l’invasion russe de l’Ukraine en 2022, a remis la sécurité d’approvisionnement au premier plan. Les énergies renouvelables, les biocarburants et la production locale peuvent réduire l’exposition aux routes maritimes sensibles, mais les combustibles fossiles restent encore au cœur du système : diversifier les fournisseurs, développer les capacités de stockage et sécuriser les infrastructures demeure nécessaire pendant la transition.
L’Europe doit aussi arbitrer entre climat, facture et compétitivité industrielle. Elle décarbone son électricité, mais doit investir massivement dans les réseaux et affronter la concurrence de l’Asie pour ses cargaisons de gaz naturel liquéfié. Au 1er novembre 2026, les réserves allemandes de gaz étaient remplies à 61,03 %, contre 74,62 % en moyenne dans l’Union européenne, selon les données citées de Gas Infrastructure Europe.
À l’échelle des ménages, l’autonomie énergétique ne signifie pas nécessairement vivre hors réseau. Elle consiste souvent à réduire les besoins, produire une part de son énergie et mieux choisir le moment où l’on consomme. Pour les automobilistes, l’électrique et les biocarburants ouvrent des voies différentes, mais complémentaires, comme le détaillent les défis posés par les biocarburants face au pétrole : le véritable changement se mesurera à la fois dans les moteurs, les bâtiments et les infrastructures.
Passionné d’autonomie énergétique, j’ai 43 ans et je mets mes connaissances au service de ceux qui souhaitent vivre de manière plus indépendante et durable. Mon objectif est de partager des conseils, des ressources et des innovations pour favoriser une transition énergétique responsable.


